🗞️ Le tour de table de la semaine 24
Actualités, nouveautés techs, tendances early-stage : retrouvez chaque vendredi le tour de table de la semaine
180 000 personnes débarquent cette semaine à Porte de Versailles pour les 10 ans de VivaTech.
En trois jours, on a vu Jeff Bezos rêver d'envoyer l'industrie lourde sur la Lune, l'État français rompre avec un partenaire américain vieux de dix ans, et la France et l'Allemagne lancer ensemble un fonds de 500 millions pour la défense.
Demain, des robots humanoïdes danseront sur du Molière à la Porte de Versailles. On commence à se demander si la French Tech n'a pas pris le mot "souveraineté" très au sérieux cette semaine.
Au programme
Deep Dive : pourquoi cette édition de VivaTech ressemble à une déclaration d'indépendance
L’Expresso : la DGSI claque la porte à un partenaire américain de dix ans
Equity Story : la levée qui a battu un record en moins d'une heure
Side Pocket : ce que Jeff Bezos pense de votre avenir d'entrepreneur
VivaTech a 10 ans, et l’Europe a choisi son camp
Pourquoi on en parle ? VivaTech fêtait sa 10e édition cette semaine, du 17 au 20 juin, et le salon a changé d’échelle depuis 2016 : 180 000 visiteurs attendus, 15 000 startups, 4 000 partenaires. Mais cette édition se distingue surtout par son fil rouge assumé : “Impact, not illusion”, autrement dit la fin du discours sur l'IA et le début des preuves.
Le casting était à la hauteur de l’ambition. Jeff Bezos a ouvert le bal mercredi, partageant sa vision d’une Terre débarrassée de son industrie lourde grâce à l’espace. Jeudi, Emmanuel Macron et Narendra Modi sont montés sur scène ensemble pour évoquer la gouvernance mondiale de l’IA, l’Inde étant cette année le partenaire IA officiel du salon. Pendant ce temps, l’Allemagne, désignée Pays de l’année, multipliait les annonces industrielles aux côtés de la France.
Le mot d’ordre cette année c’est la souveraineté technologique, et il s’est joué autant sur scène que dans les couloirs. Foxconn a annoncé la fabrication de serveurs IA Nvidia en France et en République tchèque, une première implantation industrielle en Europe pour le géant taïwanais. La France a mis en avant son nucléaire comme argument central pour attirer les data centers IA du continent. Et le débat d’ouverture, qui réunissait Orange, Siemens, PwC, Amundi, IBM, Alibaba, OpenAI et Netflix, a tourné presque entièrement autour d’une question : qui contrôle l’infrastructure de l’IA, et à quel prix pour l’Europe.
VivaTech a dix ans, et pour la première fois, le salon ressemble moins à une vitrine qu’à une déclaration d’intention. Le reste de la semaine en a apporté la démonstration concrète, et on en parle juste en dessous.
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Produit, recrutement, clients, et entre deux rendez-vous commerciaux, il faut aussi penser à la trésorerie, préparer le prochain tour de table, et répondre aux questions du banquier. La finance reste souvent la variable d’ajustement, traitée dans l’urgence plutôt qu’anticipée.
C’est précisément là qu’intervient Segrea Partners.
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🛡️ La DGSI claque la porte à Palantir : Sébastien Lecornu a annoncé lundi la rupture du contrat liant la DGSI à l’américain Palantir, au profit de la française ChapsVision. Le contrat, pourtant renouvelé en décembre dernier jusqu’en 2028, tombait à pic la veille de l’ouverture de VivaTech. Problème : Palantir affirme le jour même que son contrat reste pleinement en vigueur. ChapsVision, qui vient tout juste de rejoindre l’indice Next40, doit déployer sa plateforme ArgonOS dès cet été. L’Allemagne avait fait le même choix un mois plus tôt. La guerre froide technologique a un nouveau front, et il se joue à Paris.
🏭 Nos régions ont du talent, même pour Nvidia : le géant taïwanais Foxconn a annoncé à VivaTech la fabrication en Europe de la plateforme Nvidia Vera Rubin NVL72, en partenariat avec le français Bull. Les composants seront assemblés et testés en République tchèque, puis validés dans l’usine de Bull à Angers. Foxconn investit 120 M€ dans le site. L’argument de vente côté français : un nucléaire stable et bon marché, denrée rare pour alimenter des data centers IA voraces en énergie. C’est donc une super nouvelle pour les angevins, car l’infrastructure de l’IA mondiale a désormais une adresse en Maine-et-Loire.
💶 500 millions pour la défense européenne : les fonds AVP (français) et Earlybird (allemand) lancent E2D, un fonds de croissance de 500 M€ dédié à la défense et au dual-use, premier closing prévu fin juin. Objectif : financer en Europe les startups que le secteur poussait jusqu’ici vers des investisseurs américains. Le constat de départ, selon AVP : depuis 2019, les États-Unis ont capté environ 85 % du financement en capital-risque des technologies de défense liées à l’OTAN. E2D vise une vingtaine d’entreprises, tickets autour de 25 M€ chacun. L’alliance franco-allemande vient de se trouver un nouveau terrain d’entente.
⚛️ La France installe son premier ordinateur quantique tolérant aux fautes : GENCI a scellé l’acquisition de Kity, un calculateur à 18 cat-qubits développé par la startup française Alice & Bob. Accessible dès 2027 près de Paris, ce serait le premier ordinateur quantique tolérant aux fautes installé dans un centre de calcul européen. L’annonce est tombée en marge de VivaTech, dans la continuité d’une semaine où chaque infrastructure stratégique semblait vouloir prouver son ancrage français.
Green-Got réalise une levée communautaire en… 52 minutes
Mercredi, en pleine ouverture de VivaTech, la néobanque française Green-Got a battu son propre record : 8 millions d’euros levés en 52 minutes sur Crowdcube, auprès de 5 286 investisseurs particuliers. Un record pour la plateforme, qui a pourtant déjà hébergé des opérations Revolut. Le détail qui change tout : l'argent vient directement des clients, sans passer par un seul fonds.
Dans les faits : fondée en 2020 par Maud Caillaux, Andréa Ganovelli et Fabien Huet, Green-Got propose des comptes et produits d’épargne pensés autour de la finance durable. La trajectoire de ses levées communautaires raconte une histoire en accélération : 1,9 M€ en 2023, 5,2 M€ en 2024 auprès de 3 500 investisseurs, puis ces 8 M€ en moins d’une heure. Depuis sa précédente levée, la startup revendique plus de 3 milliards d’euros de transactions traitées, un revenu mensuel multiplié par 3 et des fonds sous gestion qui ont doublé.
Un peu de recul. Le timing n’est pas anodin : l’opération intervient juste après l’obtention par Green-Got de son agrément définitif d’établissement de paiement délivré par l’ACPR, qui lui ouvre la voie vers une infrastructure de paiement propriétaire. Miser sur sa communauté plutôt que sur des fonds VC a un coût en gouvernance, actionnariat fragmenté, levées institutionnelles plus complexes à organiser ensuite. Mais ça crée aussi un effet d’entraînement : chaque tour communautaire devient plus rapide que le précédent, preuve que les clients se transforment en véritables ambassadeurs actionnaires.
Bref. “Le soutien renouvelé de notre communauté nous donne les moyens d’investir dans les infrastructures technologiques qui soutiendront notre croissance”, résume Maud Caillaux. Avec cet agrément en poche et 15 M€ levés au total sur Crowdcube, Green-Got vise désormais la rentabilité d’ici 18 à 24 mois.
Fun fact : on vous en parlait la semaine dernière. Huit robots humanoïdes doivent se produire demain sur la scène grand public de VivaTech, dans un numéro mêlant danse et arts martiaux. Et l’IA entraînée sur l’œuvre de Molière présentera bien sa pièce inédite, comme prévu. Rendez-vous samedi pour savoir si le théâtre français a trouvé sa relève robotique.
Le chiffre : 85 %. C’est la part du financement en capital-risque des technologies de défense liées à l’OTAN captée par les investisseurs américains depuis 2019, selon les fonds AVP et Earlybird. Un chiffre qui explique à lui seul pourquoi l’Europe se précipite cette année pour combler l’écart, à coups de fonds dédiés et d’alliances franco-allemandes.
La citation : « Il n’y a jamais eu de meilleure époque pour être entrepreneur. »
Jeff Bezos, sur la scène principale de VivaTech mercredi, en plein discours sur la conquête spatiale et l’intelligence artificielle. Le fondateur d’Amazon a balayé les craintes de destruction d’emplois liées à l’IA, évoquant plutôt une pénurie de main-d’œuvre à venir. Optimisme assumé, dans une semaine où l’Europe, elle, s’inquiétait surtout de qui contrôle l’infrastructure.
Les cinq finalistes du Female Founder Award, dont la Française Robeauté (microrobots neurochirurgicaux), ont pitché jeudi. La lauréate est révélée aujourd’hui lors de la cérémonie VivaTech Startup Prizes.
AWS et Nvidia ont réuni sept startups européennes, dont cinq françaises, dans leur Startup Village à VivaTech, pour présenter des cas d’usage IA déjà en production.
Mistral AI resterait en discussions pour une levée d’environ 3 milliards d’euros, qui ferait grimper sa valorisation à 20 milliards. Toujours pas de confirmation officielle.
France Travail a dévoilé à VivaTech une plateforme dédiée aux métiers du numérique et de l’IA, ouverture grand public prévue à la rentrée.
Plus de 85 % des députés et collaborateurs parlementaires utilisent déjà l’IA au quotidien, selon un rapport parlementaire qui pointe aussi des risques de fuites de données.
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