🗞️ Le tour de table de la semaine 26
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Amazon avait promis 25 milliards de dollars supplémentaires à Anthropic en début d'année. Cette semaine, on apprend qu'il renégocie son contrat pour passer à la facturation au token, qu'il explore des alternatives chez OpenAI, et que ses propres chercheurs auraient contribué à déclencher les contrôles à l'export sur Fable 5. Le partenariat le plus médiatisé de l'IA est en train de se retourner. Pendant ce temps, Withings annonce sa première année bénéficiaire après 18 ans d'existence. Et une biotech française de 9 mois vient de lever 143 millions d'euros.
Au programme
Deep Dive : comment la relation Amazon-Anthropic est passée du partenariat à l'adversité
L’Expresso : deux anciens de Datadog frappent fort en Série A
Equity Story : une biotech de 9 mois et 143 millions d'euros
Side Pocket : Amazon avait un tableau de classement pour brûler des tokens
Le plus grand partenariat de l’IA commence à se fissurer
Retour en 2023 : Amazon investit 4 milliards de dollars dans Anthropic, fait d’AWS son fournisseur cloud principal et s’engage à utiliser les puces IA maison pour l’entraînement et l’inférence. En début d’année 2026, Amazon s’engage à investir 25 milliards supplémentaires. Deux entités inséparables, liées par des milliards et des engagements mutuels.
Cette semaine, The Information révèle qu’Amazon a renégocié une partie de son accord avec Anthropic, passant d’une facturation à l’heure de calcul à une tarification au token, applicable dès l’an prochain. Le changement pourrait alourdir substantiellement la facture d’Amazon, dont les produits internes (l’agent de code Kiro, l’assistant professionnel Quick, Alexa for Shopping) reposent tous sur Claude. Amazon dément tout surcoût. Mais les faits parlent d’eux-mêmes : le groupe évalue déjà des modèles alternatifs chez OpenAI, avec lequel il a signé un accord de 50 milliards de dollars plus tôt cette année.
L’ironie du contexte ajoute une couche supplémentaire. Selon plusieurs sources, ce sont des chercheurs d’Amazon qui ont identifié une méthode permettant d’utiliser Fable 5 pour obtenir des informations utiles à des cyberattaques. Andy Jassy en aurait informé des responsables gouvernementaux, déclenchant les contrôles à l’export du 12 juin qui ont forcé Anthropic à couper l’accès à ses deux modèles les plus puissants pour l’ensemble des clients étrangers. Le plus gros investisseur d’Anthropic a donc potentiellement contribué à faire suspendre les modèles qu’il finance.
Le paradoxe est structurel. Amazon a besoin d’Anthropic pour alimenter ses produits IA, mais chaque progrès de Claude augmente sa dépendance et sa facture. Anthropic, de son côté, a ouvert la porte à Google Cloud (accord de 200 milliards d’euros sur cinq ans) et ne dépend plus d’un seul fournisseur. Pour les startups européennes qui construisent sur des APIs de modèles américains, la séquence de cette semaine est un rappel utile : une relation fournisseur ne vaut que ce que valent les intérêts alignés derrière elle.
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🤖 Deux anciens de Datadog s’attaquent à l’observabilité IA : Gabriel-James Safar et Sébastien Deprez ont vendu leur première startup à Datadog en 2018, y ont passé des années, puis en sont sortis avec un constat : le modèle de l’observabilité classique (envoyer toute la télémétrie vers le cloud du fournisseur, facturer au volume) ne tient plus face aux agents IA. Tsuga déploie directement dans le cloud du client, sans que les données ne quittent son périmètre. La Série A est menée par Singular, avec General Catalyst, DST Global, Databricks Ventures, Picus et QuantumLight. Les investisseurs historiques ont remis au pot sans qu’on le leur demande. Six mois après la sortie du stealth, la boîte revendique déjà plusieurs millions d’ARR avec des clients comme Le Monde, Black Forest Labs et Camunda.
🏥 Withings devient rentable après 18 ans : c’est arrivé le 1er juillet 2026. La société fondée en 2008, rachetée à Nokia en 2018 par Éric Carreel après un passage désastreux sous l’oiseau bleu, annonce sa première année bénéficiaire sur l’exercice 2025. 15 millions d’utilisateurs actifs, un milliard de mesures de santé enregistrées en 2025, 66 % du chiffre d’affaires issus de dispositifs médicaux certifiés CE MDR. Ce qui distingue Withings du gadget de santé connectée ordinaire, c’est justement cette crédibilité clinique construite sur des années : 150 publications scientifiques, des partenariats avec Mayo Clinic et UCSF, un abonnement Withings+ qui a quasiment doublé son chiffre d’affaires en 2025. 18 ans pour une première année verte. La patience a ses vertus.
💶 Seedcamp boucle son nouveau fonds à 279 M€ : le fonds seed britannique, connu pour ses premiers tours dans Revolut, UiPath ou TransferWise, annonce son nouveau millésime. Cible d’investissement : les startups à l’intersection du logiciel, de l’IA et du monde physique. Seedcamp a été parmi les premiers à miser sur Uncovr (analyse automatique de vidéos chirurgicales), et a récemment participé à plusieurs premiers tours français. Un fonds seed de 279 M€ bien garni pour le marché européen post-VivaTech.
Bionyra, neuf mois d’existence et 143 millions d’euros
Bionyra Pharma a été fondée en septembre 2025. En juin 2026, elle lève 143 millions d’euros en Série A sursouscrite, co-menée par Jeito Capital et Sofinnova Partners, avec la participation d’Arkin Bio, Sanofi Ventures, Sixty Degree Capital, Vives Partners et Apollo Health Ventures. La société avait neuf mois au moment du closing.
Orchestrée par un homme qui connaît le terrain de l’intérieur. Frédéric Marrache, cofondateur et PDG, est un ancien cadre de la R&D de Sanofi, spécialiste des maladies inflammatoires. Son pari : les formes sévères de dermatite atopique et de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (Crohn, rectocolite hémorragique) restent mal contrôlées malgré les traitements actuels. Plus de la moitié des patients en formes sévères ne répondent pas suffisamment aux biothérapies disponibles.
Bionyra a donc procédé autrement. Plutôt que de construire une molécule from scratch, la société a acquis sous licence des anticorps en phase clinique auprès de biotechs chinoises et américaines, puis les a améliorés avec une technologie propriétaire d’allongement de demi-vie (HLE). Le pipeline compte trois candidats, deux en phase I et un en IND. Tous ciblent TL1A ou IL-25, parmi les cibles inflammatoires les plus prometteuses du moment. Le “best-in-class” n’est pas seulement un argument commercial : l’extension de demi-vie signifie des injections moins fréquentes et des doses plus faibles, un gain de confort patient concret.
L’entrée conjointe de Jeito et Sofinnova en co-lead mérite attention : deux fonds spécialisés en sciences de la vie, avec une exigence de diligence particulièrement élevée dans ce secteur. Le tour sursouscrit dit quelque chose sur la qualité du dossier. Pour une société de neuf mois avec uniquement des candidats sous licence et sans produit commercialisé, c’est un vote de confiance rare.
Fun fact : jusqu’à récemment, Amazon animait en interne un tableau de classement encourageant ses équipes à consommer le plus grand nombre possible de tokens d’IA. Une incitation à l’usage intensif, logique quand la facturation est à l’heure de calcul. Depuis que le contrat avec Anthropic bascule vers la facturation au token, le tableau de classement a discrètement disparu. L’unité de mesure change, les comportements suivent.
Le chiffre : 200 milliards de dollars. C’est le montant que Anthropic s’est engagée à dépenser sur Google Cloud sur cinq ans, selon The Information. Amazon reste le premier cloud d’Anthropic, mais ce chiffre signale qu’Anthropic ne mise plus sur un seul fournisseur d’infrastructure. Pour un investisseur qui pensait avoir sécurisé un accès exclusif, c’est un changement de statut significatif.
La citation : « Atteindre la rentabilité en 2025 prouve qu’il est possible de bâtir une entreprise durable sur des fondements cliniques rigoureux, au service du patient comme du médecin. »
Éric Carreel, PDG de Withings, à l’occasion de l’annonce de la première année rentable cette semaine.
Amazon et OpenAI annoncent un partenariat élargi : les modèles d’OpenAI seront disponibles sur Amazon Bedrock et le groupe investira jusqu’à 50 milliards de dollars dans l’infrastructure d’OpenAI.
Globant, intégrateur technologique, et Anthropic scellent un accord pluriannuel pour intégrer Claude dans les solutions d’entreprise du groupe argentin (30 juin).
Rheinmetall perd 21 % en Bourse en une séance, sur fond de rumeurs d’un accord de cessez-le-feu en Ukraine, illustrant la sensibilité extrême des valeurs de défense aux signaux géopolitiques.
Le premier semestre 2026 s’est achevé avec un bilan French Tech à confirmer : juin seul a pesé plus de 700 M€ grâce à Alan (480 M€) et Bionyra (143 M€).
Booz Allen Hamilton et OpenAI annoncent un partenariat pour déployer des solutions d’IA dans les agences américaines à missions de sécurité nationale (29 juin).
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